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2016-06-24T11:48:38+02:00

THÉODORE MONOD (1902-2000) Homme de Science et de Foi

Publié par Rose du Sud

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Théodore Monod fut un être prodigieux par la noblesse de sa pensée, la pureté de sa foi, son exceptionnelle hauteur de vue. Il représente l'une de ces grandes et nobles figures qui ont fait la grandeur et la force du protestantisme.

 

Fils de Wilfred Monod fondateur des "Veilleurs" et fut durant de longues années pasteur de la paroisse de l'Oratoire du Louvre à Paris, le jeune Théodore se révéla dès le plus jeune âge curieux de toutes les merveilles de notre univers.

 

Il étudia les sciences naturelles, à la fois à l'université, dans les livres et sur le terrain. Il entra dans la vie active au Museum, avant d'accomplir une mission océanographique qui le conduisit en Mauritanie où, après avoir étudié les phoques moines du Cap Blanc, il reçut l'Appel du Désert.

 

C'est ainsi qu'il "entra en religion", parcourant inlassablement le Sahara durant plus de soixante ans, à pied, à dos de dromadaire, étudiant avide de connaître et de comprendre, pèlerin en quête de la plénitude intérieure et de l'absolu métaphysique.

 

Être profondément sensible, à l'écoute des autres et de la nature, il explora notre terre non pas en prédateur, en marchand, en exploitant son prochain, mais en homme de science conscient de la fragilité et de la beauté du monde, et respectant son équilibre.

 

 

 

EXPLORATEUR MODÈLE


Théodore Monod fut un explorateur modèle, patient et rigoureux, le contraire de ces vautours médiatiques de notre Société du Spectacle, qui violent, outragent, salopent, polluent le monde à l'aide de leurs hélicoptères, de leurs navires, d'ULM, de leurs équipes de voyous mécanisés armés de canons à images, pour épater de nauséabonds gavés vautrés devant leur téloche à baffrer des pop corn !

Non, Théodore Monod ne fut pas un chasseur d'images, il vécut sa passion au contact de la nature, des gens, des animaux, observant sans relâche, avec une frénésie gourmande, toutes les merveilles qui s'offraient à lui.

Antimilitariste et pacifiste, il effectua son service militaire avec appréhension, mais eut la chance d'être compris par ses supérieurs et, incorporé dans une unité saharienne, il put poursuivre ses recherches sans traquer l'indigène.

Ce qui caractérisa Théodore Monod tout au long de sa vie, fut une exploration intense et joyeuse de la prodigieuse magnificence des mystères de notre monde, qu'il tenta de capter à travers le filtre de ses rêves.

Jamais il ne chercha d'accaparer un quelconque trésor qu'il fût minéral, végétal ou animal. Ce n'était ni l'or, ni le pétrole, ni les diamants, qu'il recherchait, mais cette mystérieuse météorite venue d'ailleurs ou cette fabuleuse émeraude des Garamantes, fil conducteur de sa quête comme le fut celle de la conquête du Graal pour les chevaliers de la Table Ronde.

Théodore Monod témoigna toute sa vie, dans son œuvre, dans sa recherche, voire à travers son action militante, de sa foi chrétienne et de son inébranlable foi en l'homme.

 

Théodore Monod nous a quittés en l'an 2000, quasiment aveugle et presque centenaire.

Il reste pour moi l'un des êtres les plus exceptionnels qu'il m'ait été donné de rencontrer.

Sans doute compléterai-je un jour ce trop modeste hommage à l'une des figures les plus remarquables de notre temps.

 

Pierre Genève


 

L'ÉMERAUDE DES GARAMANTES
 
Souvenirs d'un Saharien (extrait)
Éditions Actes-Sud
 

 

« L'ermite lui-même ne peut, et ne doit oublier qu'il appartient à une biocénose, comme dirait le naturaliste, et quand il refuserait de n'être plus, au sein de l'humaine termitière, qu'un matricule ou une carte d'identité plus ou moins "informatisée", son appartenance à une collectivité n'en restera pas moins évidente.

 

S'il est seul, à bien des égards, il reste cependant solidaire, et, s'il récuse la raison d'État, la violence d'État ou le mensonge d'État, le pouvoir n'oubliera pas le citoyen récalcitrant, car il n'apprécie guère les francs-tireurs, inclassables dans les catégories habituelles prévues par ses fiches ou ses dossiers et devenus, de ce fait, un tantinet scandaleux.

 

C'est avant tout sous la rubrique "politique" que la vigilance de nos anges gardiens tient à pouvoir nous inscrire sur ses registres. Facilitons le travail de ces scribes, en leur signalant que je n'ai jamais appartenu qu'à un seul parti, la S.F.I.O. : la 5e section de Paris, qui tenait séance dans l'épouvantable tabagie d'un café du carrefour des Gobelins, était alors fréquentée par Déat, Léo Lagrange, Marquet, Zyromski, etc.

 

Mon affiliation à un parti ne devait durer que très peu de temps, aux environs de mes vingt ans. Là encore, je n'étais sans doute pas enclin au grégarisme et à la docilité et devais très vite reprendre une liberté que j'ai toujours conservée depuis, sans rien perdre des convictions qui ont fait de moi, en dehors des répertoires et des catalogues, un peu ce que devait devenir Jacques Ellul, une sorte d'anarchiste chrétien, un homme qui ne peut chanter ni la Marseillaise, à cause du refrain sanguinaire, ni l'Internationale, pour le premier tiers de son vers: "Ni Dieu, ni César, ni tribun."

 

Voyager seul, ce sera, aussi, refuser, autant que faire se peut, cette pathologique pullulation des conseils, conférences, comités, colloques, symposiums et congrès, devenue une des plaies de la vie moderne, et à laquelle certains paraissent même heureux de consacrer une telle part de leur activité qu'ils vont devenir des sortes de professionnels de la "réunionite" galopante.

 

Les grandes organisations internationales, oubliant trop souvent qu'elles ne sont pas une fin en soi mais un simple moyen, un outil, sont peut-être ici particulièrement coupables, comme elles le sont de produire, en toute bonne conscience, un énorme tonnage quotidien de paperasses inutiles et, aussi, d'inonder la planète de prétendus "experts".

 

Les sujets "tarte à la crème" ne manquent pas et si l'on prend celui de la désertification et de la sécheresse, on ne peut qu'être épouvanté du nombre sans cesse croissant des rapports et propositions qui, à côté de quelques travaux sérieux, s'accumulent sans aucun effet et sans aucun profit pour ceux-là même que l'on affirme vouloir aider: tous ces hectogrammes de papiers consacrés au Sahel ont-ils vraiment fait germer une seule plantule d'Acacia tortillis de plus? On voudrait en être certain.

 

Si je suis resté dans bien des domaines un homme seul, je n'en ai pas moins été un homme scandaleusement comblé, ayant eu le rare bonheur de voir état et vocation se confondre, ce qui est un privilège dont il importe de souligner tout le prix alors que tant d'hommes se voient contraints à des tâches exécutées sans joie, étrangères à leurs goûts, à leurs curiosités et à leurs talents.

 

Chance insigne, il m'a été donné de pouvoir consacrer ma vie à ce que précisément je souhaitais entreprendre, à étancher une soif de connaître et d'apprendre qui n'a pas cessé, même en mes vieux jours, de me dévorer: la maladie est décidément incurable.

 

On est ainsi fait: alors que le temps disponible devant moi chaque jour se rétrécit, je continue à rêver à de nouvelles entreprises, à de nouveaux projets de recherches ou de travail sur le terrain... Alors qu'il est de plus en plus improbable que je puisse jamais étudier la pyramide d'Abou Soufyan au Kordofan, revoir au Tibesti le locus typicus du Monodiella flexuosa (un simple Centaurium, me dit-on), herboriser à loisir sur les plus hauts plateaux du Yémen du Sud, ou sur le volcan de Fogo (aux îles du Cap-Vert) où il doit bien y avoir encore quelques bonnes espèces à découvrirÉ Il faudra se résigner à accepter que le crépuscule du soir approche avec la nuit "où nul ne peut travailler" Oean, IX, 4), en écoutant, montée du fond des âges, la grande voix du Qohélet (XII, 5-7) annonçant les jours de la vieillesse, "où se courbent les hommes vigoureux", où "le jour baisse aux fenêtres", où "la porte est fermée sur la rue", où "s'arrête la voix de l'oiseau", où "se taisent les chansons", quand "l'homme s'en va vers sa maison d'éternité", tandis que la vie continue, que "l'amandier est en fleur, que la sauterelle est repue et que le câprier donne son fruit"...

 

Et puis, il y a toujours une dernière crête de dune avant la plaine et ses graviers, un dernier bord de plateau d'où se révélera tout à coup l'immense panorama du bas-pays, une dernière étape, une dernière nuitée sous les étoiles, une dernière aube, avant le dernier acte et le rideau. Voici déjà que les ombres s'allongent, celles des dunes, celles de la falaise, celles des acacias aux chatons d'or si délicieusement parfumés. Le bord occidental de ma planète s'élève à la rencontre du soleil qui bientôt dans une apothéose d'aigues-marines, de pétales d'amandiers et d'ailes de flamants roses, va fermer son gros ceil rouge sous la paupière enténébrée des dunes de la Maqteir. La nuit descend, sur l'Adrar, sur le désert, sur la vie d'un homme qui peut bien encore, à plus de quatre-vingts ans, marcher dur et longtemps, dans la fraîcheur de l'aube ou la chaleur des midis, dans l'aigre saheliyye, le vent glacé du nord, dans la nuit silencieuse où le pas de l'homme et celui de l'animal étouffés par le sable, on n'entend plus, de temps à autre, que le gémissement de quelque harnois, la marmite qui tinte, l'éternuement d'un chameau agacé par la démangeaison d'une larve de mouche dans ses fosses nasales.

 

Mais s'il marche encore et très honorablement sans doute pour son âge, s'il semble toujours aussi alerte pour la grimpée de la dune, l'escalade du rocher, la course dans les éboulis, si le marteau travaille toujours avec la même joyeuse ardeur, si la liste, le soir, continue à s'allonger des spécimens recueillis, si la curiosité demeure aussi vive qu'au premier jour, l'appétit de découvrir et de connaître aussi dévorant, si ce vieil homme que je suis devenu n'est toujours heureux qu'en mouvement et s'impatiente, à l'arrêt, de toute autre inaction que celle du sommeil, tout cela, un jour, un jour prochain peut-être, demain sans doute, devra, comme cette journée qui s'achève dans la gloire et la mélancolie du couchant, accepter, avec simplicité, les ralentissements de l'usure physique, consentir au déclin, à cette graduelle entrée dans le crépuscule, dans la nuit et, n'ayons pas peur du mot, dans la mort.

 

Heure grave où le voyageur chargé déjà de plus de passé que d'avenir, riche de plus de souvenirs que d'espoirs, au lieu de chercher sur l'horizon circulaire ce chiffre tremblant au prisme du compas et derrière lequel se cache, derniers 500, 600, 800 kilomètres de néant, le but lointain, se retourne pour tenter de discerner le trajet parcouru: quel est le bilan de ces cheminements enchevêtrés de fourmi, que va-t-il rester, pesé aux seules balances qui ne mentent pas, de ces milliers de kilomètres, de ces milliers de pages, de ces milliers d'échantillons recueillis ?

 

Au seuil de la Nuit, te présenteras-tu les mains pleines, ou vides d'un sable que tu avais cru tenir et qui t'aura filé entre les doigts ? »


 

En 1926-1927, lors de son voyage en Afrique avec son amant Marc Allégret, André Gide, Dindiki un petit singe sur l'épaule, croise la route du jeune Théodore Monod.

 

Gide descendait du Tchad vers la côte et Doualla où il allait embarquer pour la France, tandis que Monod, préparateur au Muséum d'histoire naturelle s'y rendait en mission pour étudier les poissons du lac.

 

Le curieux de cette improbable rencontre réside dans le fait que Théodore Monod voyage en compagnie de Lamy, un «agent spécial» au service des grandes compagnies, réputé féroce, tandis que Gide venait de constater au cours de son périple que les administrateurs coloniaux couvraient la plupart du temps l'exploitation inhumaine des nègres par ces mêmes compagnies. Dans son livre, il dénoncera ces abus, notamment le travail forcé, les sévices infligés par les «agents relais et les gardes», voire leurs crimes.

 

 

En lien sur un autre de mes blogs

 

http://roda.eklablog.com/theodore-monod-1902-2000-une-vie-une-oeuvre-a126163278

 

http://roda.eklablog.com/nature-reverence-a-la-vie-theodore-monod-et-message-de-amma-a125095794

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